Perdre la face ?

Erving Goffman : les rites d’interaction, une clé pour nos relations
Temps de lecture : ~6 minutes

Lire autrement nos gestes quotidiens

Nos relations, qu’elles soient professionnelles ou personnelles, reposent sur des codes implicites. Derrière une poignée de main, un silence, un compliment ou un sourire, se jouent des mécanismes essentiels à la fluidité du lien. Le sociologue canadien Erving Goffman a exploré ces règles invisibles dans Les rites d’interaction, un ouvrage qui éclaire notre manière de « faire société ».

La face : tenir son rôle et préserver le lien

Pour Goffman, chacun cherche à préserver sa face, c’est-à-dire l’image valorisante de soi-même dans le regard d’autrui. Perdre la face, c’est risquer de voir la relation s’effondrer ; la préserver, c’est protéger à la fois son image et celle des autres.Ces ajustements passent par des rites sociaux :

  • Évitement (ne pas poser une question trop intime, détourner le regard) ;
  • Présentation (saluer, remercier, féliciter).

Ces gestes sont tout sauf insignifiants : ils maintiennent l’équilibre de la relation.

Embarras, détachement et action : les fragilités du lien

Quand une maladresse surgit, l’embarras apparaît : rougeurs, silence, voix qui tremble. Ce malaise montre combien nous tenons à notre image. À l’inverse, le détachement (désintérêt, retrait) fragilise aussi l’échange en rompant l’engagement implicite.Enfin, Goffman décrit les lieux de l’action : espaces (réunion, entretien, réseaux sociaux) où le caractère et la réputation se jouent. Ce sont des scènes où l’on peut gagner ou perdre en crédibilité et en confiance.

Un écho pour la Gestalt-thérapie et le coaching

La Gestalt-thérapie, tout comme l’accompagnement en coaching, s’intéresse au processus de contact et à la manière dont nous construisons la relation dans l’instant.

  • Observer la dynamique de la face permet de repérer les moments où le client se protège ou risque de se dévaloriser.
  • Comprendre les rites d’évitement et de présentation aide à décoder ce qui se joue « entre les lignes » dans une équipe ou une relation hiérarchique.
  • Travailler sur l’embarras ou le détachement ouvre la voie à plus d’authenticité et de fluidité relationnelle.

Pourquoi cela nous concerne aujourd’hui

Dans nos vies actuelles – réunions et visioconférences, échanges sur les réseaux sociaux, discussions d’équipe – les mécanismes décrits par Goffman restent d’une actualité brûlante. Prendre conscience de ces règles implicites, c’est se donner la possibilité de mieux vivre les interactions, de prévenir les malentendus, et de renforcer la qualité de nos liens.

Lectures complémentaires recommandées

  • Erving Goffman, Les rites d’interaction (1967) – L’ouvrage fondateur qui analyse les micro-rituels et les codes tacites qui structurent nos relations.
  • Erving Goffman, La Présentation de soi. La Mise en scène de la vie quotidienne I et II (1973) – Une exploration de la vie sociale comme un théâtre où chacun joue un rôle, avec ses masques et ses coulisses.
  • Carol Gilligan, In a Different Voice (Une voix différente) (1982) – L’éthique du care, centrée sur l’attention aux liens, la vulnérabilité et la responsabilité partagée.
  • Sara Ahmed, Queer phenomenology (2006) – Une réflexion sur l’orientation de nos corps, de nos désirs et de nos relations au monde, entre phénoménologie et politique.
  • Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements (1999) – Un roman qui illustre avec force la « perte de face » et les jeux hiérarchiques dans un univers professionnel japonais.

 

Pespective matters :

Que se passerait-il si, au lieu de redouter de « perdre de face », nous apprenions à accueillir cet situation comme une occasion de vérité relationnelle ?

Vous souhaitez explorer vos propres manières d’entrer en relation et mieux comprendre ce qui se joue dans vos interactions ? La Gestalt-thérapie et le coaching offrent un espace sûr pour expérimenter, ajuster et retrouver plus de fluidité dans vos liens.